Des attentats revendiqués par les talibans et l'EI ont causé au moins dix morts à Kaboul, alors que des émissaires américains tentent d'accélérer les négociations de paix.
New Delhi, Inde 26 juil. 2019 ALN: Trois attentats ont fait au moins dix morts jeudi 25 juillet à Kaboul, au moment où le gouvernement afghan et les États-Unis se disent pourtant déterminés à « accélérer » les négociations en vue d’un accord de paix. Ces attaques surviennent dans un contexte de violence croissante en Afghanistan, alors que le pays se prépare pour des élections cruciales et que des pourparlers de paix sont en cours.
La branche afghane de l’organisation Etat islamique (EI) a revendiqué les deux premiers attentats, tandis que les talibans ont revendiqué le troisième, qui a été l’œuvre d’un kamikaze s’étant fait exploser contre un convoi de forces étrangères, selon leur porte-parole Zabihullah Mujahid. Les responsables américains et afghans de la sécurité, cependant, attribuent la responsabilité des trois attaques aux talibans, qui ont également causé plus de 40 blessés. Cette attribution des responsabilités souligne la complexité de la situation sécuritaire en Afghanistan, où plusieurs groupes armés, dont l'EI et les talibans, rivalisent pour le contrôle et l'influence.
La violence s’est intensifiée ces dernières semaines, coïncidant avec l’approche des élections présidentielles prévues le 28 septembre. La campagne électorale doit officiellement démarrer dimanche, et les précédents scrutins ont été marqués par des attentats sanglants, les talibans et d’autres groupes extrémistes cherchant à déstabiliser la fragile démocratie afghane. Les élections en Afghanistan sont souvent perçues comme une opportunité pour les citoyens d’exprimer leur volonté, mais elles sont également un terrain fertile pour la violence, car les insurgés tentent de saper la légitimité du gouvernement en place.
Certains observateurs affirment que les insurgés multiplient les attaques afin d’augmenter leur pression à la table des pourparlers avec le négociateur américain Zalmay Khalilzad, qui doivent reprendre dans les prochains jours à Doha dans l’espoir de mettre fin à dix-huit années de conflit en Afghanistan. Ces pourparlers, qui ont débuté en 2019, visent à établir un cadre pour le retrait des troupes américaines et à instaurer un cessez-le-feu durable. Toutefois, la persistance des attaques souligne la difficulté de parvenir à un accord de paix durable dans un pays où la violence est devenue une norme quotidienne.
Avant de se rendre au Qatar, l’envoyé spécial des États-Unis pour la paix en Afghanistan est actuellement à Kaboul, où l’administration de Donald Trump a également dépêché son chef d’état-major, le général Joseph Dunford. Ce déplacement témoigne de l’importance accordée par les États-Unis à la résolution du conflit afghan, qui a coûté la vie à des milliers de soldats et de civils depuis son déclenchement en 2001.
Le temps presse pour les négociations de paix : le secrétaire d’État américain Mike Pompeo s’est fixé comme objectif d’atteindre un accord d’ici au 1er septembre, avant les élections présidentielles afghanes. Washington souhaite également commencer dès que possible à retirer ses soldats d’Afghanistan pour respecter un engagement de campagne du président Trump. Ce retrait est perçu comme une nécessité pour l’administration américaine, qui cherche à réduire son empreinte militaire à l'étranger et à se concentrer sur des priorités internes.
Mike Pompeo s’est entretenu mercredi au téléphone avec le président afghan Ashraf Ghani, et les deux hommes « sont convenus qu’il était temps d’accélérer les efforts pour parvenir à une fin négociée de la guerre en Afghanistan », selon un communiqué commun diffusé jeudi. Cette discussion souligne le besoin urgent d'un consensus entre les dirigeants afghans et américains pour faire avancer le processus de paix, tout en tenant compte des réalités sur le terrain.
Jeudi, la première explosion s’est produite vers 8 h 10 (5 h 40, heure française) lorsqu’un kamikaze a pris pour cible un autobus à l’angle d’une rue de l’est de Kaboul, selon des responsables de la sécurité et des images de vidéosurveillance vues par l’Agence France-Presse. Les images montraient des civils courir pour aider les passagers blessés à descendre de l’autobus et transporter le corps d’un petit enfant hors du véhicule alors que de la fumée s’échappait par la lunette arrière. D’autres corps gisaient sur le bitume, illustrant la brutalité des attaques et leur impact sur la population civile.
Environ trente minutes plus tard, une deuxième explosion, provoquée par un engin dissimulé sur les lieux du premier attentat, a visé les civils et les forces de sécurité qui intervenaient. Cette tactique d'attaques en série, où une première explosion est suivie d'une seconde visant les secouristes, est devenue une méthode courante pour maximiser les pertes humaines et semer la terreur parmi la population.
Un troisième attentat, apparemment contre un convoi militaire, s’est produit plus tard dans la matinée, également dans l’est de la capitale. Le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Nasrat Rahimi, a déclaré que onze civils avaient été tués, parmi lesquels cinq femmes et un enfant, et 45 autres blessés. Le porte-parole du ministère de la santé, Wahidullah Mayar, a, de son côté, fait état de dix morts et 41 blessés. Ces chiffres illustrent la tragédie humaine engendrée par ces attaques, qui touchent des innocents et exacerbent la souffrance d’un peuple déjà éprouvé par des décennies de guerre.
Le colonel Sonny Leggett, porte-parole des forces américaines en Afghanistan, a commenté la situation, déclarant : « Au cours du mois dernier, nous avons vu le nombre de victimes civiles augmenter. [Les talibans] ne visent pas les forces de la coalition, ils blessent des Afghans innocents ».
Mercredi, un soldat croate avait cependant été tué et deux autres blessés lorsqu’un kamikaze taliban s’était fait exploser dans Kaboul contre le véhicule blindé dans lequel ils circulaient. « Les talibans mènent des pourparlers tout en multipliant de tels crimes contre l’humanité », a déclaré le président Ghani, qui s’agace régulièrement d’être tenu à l’écart de ces discussions. « Mais ils doivent savoir qu’ils n’auront aucune influence sur les pourparlers de paix et qu’ils n’échapperont pas à la haine et au dégoût du peuple », a-t-il poursuivi dans un communiqué. Ce commentaire met en lumière la frustration des dirigeants afghans face à la violence persistante et leur désir de voir un processus de paix qui inclut toutes les parties prenantes, y compris le gouvernement afghan lui-même.
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